EMILIE & WLADI

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— On s’est rencontré dans le salon d’entrée d’un club de boxe. On boxe tous les deux. La première rencontre a été tendue. Je crois que j’ai dit « Qui c’est celle là ? Qu’est-ce qu’elle fait là ? » Je suis parfois grossier… 

— Ça ne m’a pas plus. Je me suis dit « Qui c’est ce gros con, pour qui il se prend ? »

— Je ne lui ai plus adressé la parole. Je l’ignorais. Je l’observais. J’attendais mon heure. Un jour, c’est elle qui est venue reparler au gros con. J’étais pourtant toujours aussi gros et toujours aussi con ! 

— Dans mon enfance j’avais vu un combat qui m’avait subjugué, un boxeur américain champion du monde. J’ai toujours voulu faire de la boxe. Et j’avais besoin de faire du sport. À la salle, j’étais très solitaire. J’avais quitté mon ami. J’avais envie de parler…

— Moi c’est un copain qui m’avait amené dans cette salle. C’est un lieu de réunion avec mes amis d’enfance. On sort tous les mardis soirs en bande. Emilie nous a demandé de venir avec nous et à la fin du repas, elle a payé pour tout le monde.

— Oui, je suis sortie avec cette bande ! Wladi, je l‘ai trouvé plus intéressant que ce que je croyais. Je me suis rendus compte que plusieurs de mes amis le connaissaient. Même mon psychiatre ! On s’est revus à la salle. Un samedi, il m’a invitée à déjeuner. J’ai refusé mais le soir, vers minuit, je lui ai envoyé un message.

— J’étais dans un tournoi de poker. Elle est venue me chercher en voiture. Comme un mec vient chercher une nana ! Et on a passé la nuit ensemble. Et le dimanche aussi. Je l’ai rappelé deux ou trois jours plus tard. Je sentais qu’il y avait du potentiel pour faire quelque chose avec elle. Je me présente, comme je suis, comme je me ressens, je n’ai pas besoin de protocole pour présenter mon désir. 

— Wladi ne ressemble à personne…

— J’ai été étonné par la place qu’elle donnait à l’homme. Je le lui ai reproché. Elle était habituée à diriger, à tenir le gouvernail. Elle élevait sa famille, s’occupait de sa mère, de ses filles, elle faisait l’homme et la femme partout. Je lui ai demandé de ne pas me materner. Moi j’ai pas besoin de ça. Je suis médecin, je suis juif, je suis de bonne famille ! C’est une garantie de fond ! C’est moi qui ai eu l’idée du mariage, je savais que j’allais vivre avec elle. On se marie de trois manières, en prenant une femme physiquement, en s’isolant avec elle devant des témoins religieux et par contrat.

— Le mariage n’avait pas de sens si on

n’allait pas à la synagogue.

— Je fermais les yeux et je m’adressais au ciel. C’était le plus beau jour de ma vie.

— Cette rencontre a bouleversé ma vie. Le mariage est un socle fondateur dense, je ne le perdrai jamais de vue. C’est précieux et fragile. Oui, ça change tout.

— Il faut s’arracher de sa famille pour en fonder une autre. 

© Gérard Uféras