VALERIE & VINCENT

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— On travaille tous les deux dans les agences d’une grande banque. Un soir, on a dîné ensemble. Valérie est arrivée habillée en blanc. Elle était magnifique ! Je lui ai demandé si elle ne cherchait pas un amant. On a vécu dans l’adultère un mois et demi. On avait des conjoints tous les deux. Et moi deux enfants. Valérie aussi. Je ne voulais pas quitter ma femme à cause des gamins. Mais je suis tombé amoureux d’elle. Alors j’ai annoncé à ma femme que je la quittais. Maintenant je sais ce qu’est l’amour. J’ai acheté une bague, j’ai mis des gants blancs et, sur un bateau-mouche, j’ai demandé à Valérie de m’épouser.

— J’ai dit « oui » tout de suite mais j’avais longuement réfléchi avant.

— L’enterrement de ma vie de garçon ? Elle était enterrée depuis longtemps. C’était l’occasion pour faire la fête. Les copains m’ont fait faire du ski sur les Champs Elysées. Ils m’ont déguisé en miss gold. Le soir, on a bien bu dans une bodega… 

— Vincent est amateur de bon vin…

— On ne pouvait pas se marier à l’église parce que nous sommes divorcés tous les deux. 

— Je ne voyais pas l’intérêt de me remarier à l’église. Je trouvais que cela n’avait aucune utilité. Depuis la mort de maman, je suis fâchée avec l’église.

— Valérie, c’est mon âme sœur. On s’aime parce qu’on est semblable. J’ai l’impression de me voir en elle, mais en femme.

— Notre mariage est profond. Quand je suis arrivée à la mairie, j’avais les jambes qui flageolaient. À la fin de la cérémonie, j’ai fondu en larmes.

— Après nos mariages de jeunesse, on a fait notre mariage d’amour. On a quatre enfants, aucun en commun, mais si on en avait un ensemble, on risquerait de casser l’équilibre qu’on a construit.

— On était faits l’un pour l’autre mais le bonheur ça se fabrique.

— C’est une reconversion vraiment réussie.

© Gérard Uféras